Extrait du Magazine Arts & Métiers Mag N°403 - Octobre 2018    

Par Youssef Belgnaoui

Lenze avance pas à pas vers l’excellence

L’allemand Lenze veut faire de son site de production français, labellisé «Vitrine de l’industrie du futur», un modèle d’excellence opérationnelle. Son projet d’amélioration continue, qui implique l’ensemble du personnel de l’usine, entend doper les capacités de production tout en gagnant en flexibilité et en réactivité.

L’industrie a encore de l’avenir en France.
À condition de se projeter vers le futur et d’imaginer ou de repenser dès à présent l’organisation des usines et d’y intégrer les technologies numériques et les procédés fluidifiant les processus afin d’atteindre les hauts niveaux de productivité et de réactivité attendus.

Le voyage de l’industrie du futur s’effectue pas à pas. L’usine française du groupe allemand Lenze en est la parfaite illustration.
Situé à Ruitz (Pas-de-Calais), ce site de fabrication de motoréducteurs et de variateurs de vitesses, inauguré en 2004, a été récemment labellisé «Vitrine de l’industrie du futur».
«Peu de sites industriels disposent de ce label dans les Hauts-de-France. Nous souhaitions faire partie du cercle restreint des entreprises tirant parti des technologies de l’industrie du futur. Il s’agissait aussi de réunir nos équipes autour d’un projet commun», explique Francis Kopp, directeur de l’usine Lenze de Ruitz.

Les opérateurs ont des idées

Ce projet commun, baptisé Excellence 2020+, a pour objectif de doubler la capacité de production de l’usine sans en étendre la superficie (13 000 m2).
L’aventure consiste principalement à accroître son agilité afin de livrer des produits sur mesure dans des délais très courts, tout en impliquant l’ensemble du personnel. Dans un contexte où les unités produites sont presque toutes des pièces uniques répondant spécifiquement aux exigences du client, la fluidité des processus est capitale.

L’assemblage des variateurs et des motoréducteurs s’effectue, selon les modèles, au sein de différents îlots, par des opérateurs qui suivent pas à pas les instructions de montage sur leur écran. L’évolutivité de ces unités d’assemblage répond aux objectifs de flexibilité et de réactivité. Les opérateurs ont d’ailleurs directement participé à leur conception.

Des maquettes prenant en compte leurs préconisations ont été réalisées avant que les versions finalisées ne soient déployées dans l’usine. Trente postes de travail modulaires (sur 60) ont déjà été redessinés par les collaborateurs qui participent quotidiennement au développement de leur entreprise.
Dans le cadre de cette approche de «lean management», 1 193 idées d’améliorations ont notamment été proposées par les salariés en 2017.
L’homme conserve donc une place prépondérante au sein de ce projet d’industrie du futur.

La mise en place de solutions de robotisation et d’automatisation cherche avant tout à supprimer les travaux pénibles afin de confier aux employés des tâches à plus grande valeur ajoutée.

temps-forts-gi-2019
temps-forts-gi-2019

Par exemple, trois chariots de manutention robotisés opèrent désormais dans les allées.
«Notre objectif est de fluidifier la zone expédition- emballage ainsi que les entrées-sorties des stocks principaux tout en réduisant la pénibilité du travail et en libérant les opérateurs des tâches de manutention», explique Francis Kopp.
Ces chariots autonomes assurent le transfert des encours entre les différentes unités de fabrication, la cabine de peinture et les zones d’entreposage. Ce sont des chariots de manutention standards équipés de la technologie de géoguidage du français Balyo.

Celle-ci leur permet de cheminer librement dans les allées sans infrastructure dédiée. Les missions des chariots peuvent être simplement reconfigurées par logiciel via le système de supervision de Balyo, qui est lui-même connecté au progiciel de gestion intégré (ERP) de l’usine.

Après l’installation de ses premiers chariots robotisés, Lenze évalue actuellement le potentiel d’un véhicule autonome de plus faible capacité.
Conçu par le français Effidence, ce chariot pourrait prochainement servir de navette pour le transport dans des bacs de pièces plus légères.

Une amélioration s’ajoute à une autre

On ne peut se projeter dans l’industrie du futur sans se soucier du développement durable.
Lenze a obtenu des résultats probants dans ce domaine tout en préservant sa performance industrielle.
L’entreprise a notamment investi dans une déchiqueteuse dont les lamelles de carton qu’elle produit sont utilisées comme éléments de calage des motoréducteurs et des variateurs dans leurs caisses d’expédition.

Résultat : un gain annuel de 40 000 euros pour un investissement d’à peine 5 000 euros.
Le bâtiment a été également équipé de systèmes d’éclairage à diodes électroluminescentes (Led) réduisant la consommation électrique tout en fournissant un éclairage de meilleure qualité.

Ultime exemple : grâce à une étroite collaboration avec son fournisseur, une peinture spécifique, séchant à moindre température, a été développée. Ce qui a réduit de 40 % sa consommation de gaz.
Impossible de faire la liste complète des améliorations, qui, brique par brique, construisent cette usine du futur.

«Nous avons déjà parcouru la moitié du chemin par rapport à nos objectifs initiaux que nous comptons atteindre en 2020», estime cependant Francis Kopp.

Faire de Ruitz une usine modèle

L’entreprise familiale Lenze, née en 1947, fait partie des 40 sociétés allemandes qui ont contribué à la relance industrielle du pays après la Seconde guerre mondiale.
Aujourd’hui spécialisée dans les systèmes d’automatisation et d’entraînement motorisé, elle emploie 3 500 personnes dans le monde.
L’usine de fabrication de motoréducteurs et de variateurs de vitesses qu’elle a créée à Ruitz (Pas-de- Calais) en 2004, puis agrandie en 2009, emploie environ 130 personnes. Le site, dont la production est destinée à 90 % à l’exportation, est couplé à une plateforme logistique assurant la livraison des clients de l’Ouest européen en 24 heures.
Le groupe allemand souhaite en faire son usine modèle.

Ainsi, dans le cadre du projet Excellence 2020+, environ 1 million d’euros sont consacrés chaque année à l’amélioration des procédés et à l’acquisition de nouveaux équipements.
L’usine produit actuellement 20 000 variateurs par mois, soit l’équivalent de la production annuelle de 2009.
Sur la même période, sa capacité de production annuelle de motoréducteurs a, quant à elle, plus que décuplé.

Par Youssef Belgnaoui

Extrait du Magazine Arts & Métiers Mag N°403 - Octobre 2018    

Crédits photos : LENZE